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Gavarnie

Récit d'Oscar Comettant de 1820

 

Oscar Comettant relate avec beaucoup d'humour l'ascension faite en chaise à porteurs, à la brèche de Roland par la princesse russe Trubetzkoï, "accomplie, au péril de leur vie, par huit porteurs, sous la direction de Baragat, de Latapie et d'un autre guide dont le nom m'échappe.

La princesse était aussi puissante par son embonpoint que par sa fortune et ses titres nobiliaires. Le poids de son corps était égal environ au double du poids d'une personne ordinaire. On comprend que cette circonstance ajoutait singulièrement à la difficulté de l'entreprise. Aussi les porteurs de Barèges et de Gavarnie avaient-ils nettement décliné l'honneur de porter la princesse dans cette course téméraire, honneur qui fut accepté comme une sorte de défi par ceux de Cauterets.

Le prince Trubetzkoï, mari de la princesse, était du voyage et savait encourager les hommes par sa gracieuse humeur, sa démarche fière, sa parole décidée et ses libéralités. Les porteurs emmenèrent d'abord la princesse de Cauterets à Gavarnie par le lac de Gaube, la hourquette et la vallée d'Ossoue en une dizaine d'heures. Tout le monde dormit à l'auberge de Gavarnie. (...)

Dès l'aube, les porteurs et les guides trouvèrent le prince debout et prêt à se remettre en route. La princesse fut de nouveau replacée dans la chaise et l'ascension commença au milieu d'un grand concours de montagnards, étonnés de l'audace de cette caravane qui allait peut-être périr tout entière, victime de sa témérité...

...Arrivés à un certain endroit d'un accès très difficile, les guides et les porteurs, jugeant que toute tentative de porter la chaise sur un rocher presque à pic serait inutile et extrêmement dangereuse, il fut résolu qu'on hisserait la princesse au moyen de cordes apportées dans cette prévision. La chaise fut solidement fixée à deux bouts de corde et hissée sans accident par les porteurs et les guides, dont les efforts réunis n'étaient pas de trop en cette circonstance pour enlever ce grand poids à la seule force du poignet, sans poulie et sans cabestan.

La princesse, dont la position singulièrement penchée pendant ce pas difficile n'avait rien de commode ni de rassurant, faisait entendre des soupirs et des mots entrecoupés qui témoignaient d'une certaine inquiétude. On serait inquiet à moins. Quant au prince, qui avait suivi cette manœuvre avec la certitude qu'elle devait réussir, il paraissait extrêmement heureux, et son bonheur se manifestait par une sorte d'enthousiasme belliqueux...

Cette roche si difficile était pour ainsi dire un jeu d'enfant à côté du glacier presque vertical dont il fallait faire l'ascension pour arriver à la brèche de Roland. Ici, les guides délibèrent sérieusement."

C'est le prince qui les décida en leur donnant le choix : attendre la Brèche ou tous mourir entraînés par le poids de la princesse. Ils montèrent donc... Après de sérieuses difficultés vaincues : "Quelques pas encore, et la princesse atteignaient enfin les hauteurs tant désirées. La caravane entière poussa un formidable hurrah : Le prince triomphait. Les porteurs et les guides aussi. Les paniers à provisions furent ouverts et le sang de la vigne, comme disaient les Gaulois nos pères, se mêla  au sang de l'homme pour le fortifier et le calmer à la fois. Il était à ce moment une heure de l'après-midi. La princesse ne put sortir de sa chaise ; mais s'étant penchée en avant, elle admira les magnificences... A deux heures, il fallut songer à la descente. C'était beaucoup d'avoir pu monter ; c'était encore plus de pouvoir descendre...

J'abrège. On descendit le glacier comme on l'avait monté, le colosse Lacaze tenant par derrière, ainsi qu'un héros de la mythologie, un des brancards de la chaise hissée au-dessus de sa tête. Avant la nuit, cette phalange des plus hardis excursionnistes dont l'histoire des montagnes pyrénéennes ait gardé le souvenir rentrait paisiblement à Gavarnie, où une chaleureuse réception lui était faite...

 

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