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La junte de Roncal

L'histoire des Pyrénées est une chronique interminable de règlements de comptes.

 

La fin de ces hostilités sanglantes de Vallée était marquée par des cérémonies dont la particularité était qu'elles se renouvelaient tous les ans, le 13 juillet, dans les pâturages de la Pierre-Saint-Martin. Là-haut, aux confins de la Navarre et du Béarn, les habitants de Barétous viennent payer un tribut annuel de trois génisses qui leur a été imposé en 1375 à Anso par des arbitres de paix. Ils renouvellent ainsi le pacte d'amitié scellé avec leurs anciens adversaires, les gens de la vallée de Roncal. C'est sans aucun doute le plus ancien traité d'Europe encore en vigueur et le seul qui soit encore renouvelé tous les ans sans contestation. La Pierre-Saint-Martin a été de tout temps le lieu où les bergers de Roncalet de Barétous se réunissaient pour s'accorder sur l'utilisation des pâturages et surtout pour partager les rares fontaines de ces régions calcaires.

Et voilà l'histoire : un soir, un berger Roncalais, Pedro Carrica d'Isaba et un berger d'Arette, Pierre Sansoler, se retrouvèrent à la fontaine du pic d'Arlas, le seul point d'eau existant. C'était par une de ces grosses journées d'été où il n'existe aucun souffle d'air et les deux se disputèrent sur les droits de propriété pour faire boire les bêtes, ils en vinrent aux mains et Pedro Carrica tua Pierre Sansoler. D'un coup de couteau son cousin, Angurar Sansoler, spectateur de l'assassinat, alerta les jurats de la vallée. Ceux-ci décidèrent de ne plus laisser les Roncalais user de la fontaine. Angurar Sansoler se lança à la poursuite de Pedro Carrica avec quelques compagnons. Ils ne le trouvèrent point. Alors, ils firent payer le prix du sang à sa femme qui était enceinte. Voici ce que dit la chronique navarraise : "Ils lui ouvrirent le ventre et ils pendirent le fils à la branche d'un hêtre avec les entrailles de la mère". Le lendemain, à la vue de cette atrocité, les villageois ne cherchèrent plus que l'extermination des Barétounais. Ne trouvant personne dans les pâturages, ils descendirent dans la vallée...

Habitant à l'entrée d'Arette, Angurar fêtait sa vengeance, les Roncalais enfoncèrent la porte et Pedro Carrica s'avança vers la femme d'Angurar qui tenait son fils dans ses bras : " Je pourrais te tuer comme ton mari a tué ma femme, et ton fils aussi mais je ne le ferai pas. Seulement, choisis le seul homme à qui je laisserai la vie sauve pour prendre soin des morts". La femme choisis son père, ensuite ils furent tous massacrés. Une servante qui avait fui par une fenêtre alerta les gens d'Arette. Prenant des raccourcis, ils tuèrent dans le silence et dans la nuit les Roncalais sur le chemin du retour.

Durant des années, une guerre implacable s'ensuivit. Malgré l'intervention du Seigneur du Béarn et du Roi de Navarre qui avait convoqué à Anso les évêques d'Oloron, de Bayonne, de Jaca et de Pampelune, les pourparlers échouèrent. La sanglante bataille d'Aguinicea amena la mort du chef des Barétounais et leur déroute. Mais au moment où les Roncalais allaient se jeter sur les Barétounais pour une solution finale, le curé d'Aralits réussit à les arrêter et à engager des négociations, les Valléens étant las du sang et de cette lutte qui les avait conduits au bord du suicide collectif.

Le tribunal des souverains et des évêques se réunit une seconde fois à Anso et tout l'éloquence des délégués du Barétous n'empêcha pas la sentence de leur être défavorable. Rendue le 13 octobre 1375, elle condamnait la Vallée de Barétous à payer et à livrer à la Vallée de Roncal et ce à perpétuité, trois génisses de deux ans, sans taches, ni macules, laquelle délivrance serait faite chaque année, le quatrième jour après les fêtes des sept frères (13 juillet) à la Pierre-Saint-Martin.

La borne internationale n° 262 où Barétounais et Roncalais renouvellent le serment du pacte d'Anso, a remplacé un mégalithe qu'on appelait la Pierre-Saint-Martin. Ainsi se termine l'histoire de la Junte de Roncal...
 

 

 

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